Au Québec, nous avons fait un choix clair : celui de placer la recherche et l’innovation au cœur de notre développement économique et social. Ce choix n’est pas récent, ni ponctuel. Il est structurant et fait partie de notre manière de concevoir l’avenir.
En plus de pouvoir compter sur d’excellentes universités établies de longue date, le Québec se distingue en cette matière par son Fonds de recherche, qui couvre l’ensemble des domaines du savoir, par le réseau de l’Université du Québec, qui comprend écoles et instituts spécialisés et universités réparties sur tout le territoire, et ses centres collégiaux de transfert technologique, ancrés dans toutes les régions et capables de répondre aux besoins spécifiques des milieux.
Dans le domaine de la santé et de la sécurité du travail (SST), cet engagement s’est concrétisé lors de la création de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST, maintenant la CNESST), par ce geste audacieux : fonder, en parallèle, un institut de recherche dédié à l’avancement des connaissances scientifiques en SST, l’IRSST. C'était une façon d’affirmer, dès le départ, que protéger la santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs passe par une compréhension fine des milieux, des risques et des solutions fondées sur des données issues de la recherche.
Depuis 45 ans, l’IRSST est fier de participer à cet écosystème. Notre mission est de produire et de partager des connaissances scientifiques en santé et en sécurité du travail pour prévenir les lésions professionnelles et favoriser une réadaptation durable. C’est une mission au service des milieux de travail et au service du bien commun.
Alors qu’on annonce aux États-Unis la fermeture de laboratoires et des coupes majeures au National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), cet engagement chez nous demeure plus pertinent que jamais. La recherche scientifique n’est pas un luxe. Elle permet une prise de décision éclairée, contextualisée et responsable. Elle nous aide à mieux nous connaître, à mieux anticiper et à mieux protéger.
Je joins ma voix à celle du scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, qui, dans une récente lettre d’opinion, rappelle avec justesse que favoriser la science, c’est poser des gestes concrets pour lui permettre de mieux s’ancrer dans notre société. Il fait appel à un engagement collectif, durable et cohérent pour renforcer les liens entre la recherche, l’innovation et les grands enjeux qui façonnent déjà notre avenir. Il faut réaffirmer haut et fort que les connaissances scientifiques sont un pilier de notre développement, tout comme le sont l’éducation, la culture, la justice et l’environnement. Plusieurs chercheuses et chercheurs au Québec ont également fait part de leurs préoccupations dans ce contexte.
Les universités, les institutions publiques et les scientifiques américains vivent actuellement une situation inédite. Comme la communauté scientifique est fortement interreliée à l’échelle internationale, nous pressentons déjà l’impact immense qu’a le désinvestissement américain sur le développement des connaissances et sur les capacités de recherche dans tous les domaines du savoir, ici et dans le monde entier.
Devant cette situation, il nous apparaît fondamental de réaffirmer l’importance et de maintenir le soutien aux chercheuses et aux chercheurs du Québec, incluant les étudiantes, étudiants et stagiaires postdoctoraux qui poursuivent un parcours universitaire en recherche et qui contribuent largement à la recherche et à l'innovation québécoise, notamment en tant que coauteurs de publications scientifiques. Ce soutien devrait également s'appliquer aux étudiantes et étudiants internationaux qui représentent près d'un étudiant sur deux aux cycles supérieurs.
Forts de notre conviction à l’égard de l’importance des connaissances scientifiques et de l’innovation comme leviers de développement, c’est ensemble que nous pourrons continuer à bâtir un Québec qui se développe avec rigueur, intelligence et humanité. Et pour ce qui est de la santé et de la sécurité des travailleuses et travailleurs, nous sommes privilégiés, au Québec, d’évoluer dans un écosystème où décideurs, syndicats, employeurs, partenaires et scientifiques se côtoient pour construire des milieux de travail plus sains et plus sécuritaires.
Lyne Sauvageau
Présidente-directrice générale
Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST)